Bonjour. C’est moi Marie-Eve, et pendant de nombreuses années, j’ai été accro à l’adrénaline. J’ai fait ce constat il y a quelques jours, à la suite d’une production télévisuelle sur laquelle je travaillais comme régisseur de plateau. C’est moi sur la photo. Ce rôle, j’en avais rêvé tout au long de mes études. J’avais fait des pieds et des mains, alors que je travaillais dans un réseau de télévision à l’époque, pour qu’on me forme à chausser ces bottines tellement convoitées. J’aurais tout fait pour ça, j’aurais vendu mon âme.

La dernière fois que j’avais fait un remplacement pour une chaîne de télévision à la fin de 2016, j’avais dit à la personne qui m’engageait : « Sais-tu quoi? Rends-moi service et ne m’appelle plus ». Mon corps ne supportait plus de travailler avec un « gun » invisible sur la tempe et un couteau sous la gorge. Il fallait produire à toute vitesse, calculer chaque seconde parce que malheureusement pour plusieurs, le temps c’est de l’argent, et ce, au détriment de l’être humain.

Cette production était la seule à laquelle je disais encore oui. Cette année toutefois, après plusieurs mois intenses de retour à moi en vitesse accélérée, j’avais ressenti qu’il était temps de compléter avec cette expérience qui me faisait vivre un stress que je ne souhaitais plus dans ma vie. J’ai toutefois eu un doute. Était-ce une entourloupe de l’ego qui essayait de me faire croire que je n’étais pas à la hauteur? J’ai dit oui. J’allais savoir avec certitude.

J’avais dit adieu à la performance, sous tous ces angles. Elle m’avait menée au bout de moi-même, épuisée, au tapis. Je l’avais utilisée pendant tellement longtemps pour me faire aimer, valoriser et considérer. Je voulais inconsciemment remplir ce vide de l’absence d’amour en moi, croyant que le regard d’admiration des autres me remplirait et m’amènerait ce je ne sais quoi que je cherchais tant, le bien-être, la plénitude, la paix. Je devais passer par là de toute évidence, pour réaliser que jamais rien à l’extérieur de moi ne pourrait remplir ce vide qui m’habitait. La vie m’avait présenté une autre manière de vivre, et j’avais dit un vibrant OUI à explorer cette avenue.

La journée s’était déroulée à merveille. Nous sommes entrés en ondes vers 19 heures. J’étais épatée du calme qui m’habitait, de la solidité que je ressentais. Je pouvais clairement voir le fruit de tout ce que j’avais libéré et accueilli au cours de la dernière année. Wow! Je n’avais plus besoin de montrer que j’étais à la hauteur. J’avais toujours eu l’impression que je ne faisais pas le poids par rapport aux autres membres de l’équipe qui avaient tellement d’expérience! J’avais peur de me faire juger pour n’être « pas assez », et pour une fille qui a vécu dans ce lourd pattern de performance toute sa vie, n’être « pas assez » n’était pas une option.

J’étais là, j’étais moi. Je vivais chaque seconde en toute sérénité, sans me poser de questions, sans chercher à « être plus », à m’imposer, à me prouver. J’étais là pour observer si à ce jour, ma participation à cet événement nourrissait mon cœur ou non.

Plus le show avançait, moins la fluidité était au rendez-vous. Je sentais le stress monter, et si l’adrénaline avait un visage, je l’aurais sûrement vue tourner autour de moi. L’ancien pattern ego/performance avait bien envie de lui prendre la main pour aller jouer avec elle, mais je les voyais manigancer, et si j’étais consciente de tout ce qui se passait en moi, je choisissais le calme. Je respirais, les deux pieds bien ancrés au sol.

Environ deux heures après le début du show, l’adrénaline avait pris beaucoup de puissance. Je sentais le stress dans mon ventre, dans ma poitrine, mes épaules et mon cou. J’oubliais de respirer, contractée, presque pétrifiée. Si tout se déroulait bien vu de l’extérieur, j’avais perdu la maîtrise de mon corps. Je savais que j’allais le payer cher, que les effets seraient foudroyants, mais je n’avais d’autre choix que d’aller au bout de l’expérience.

Je ressentais tellement de peine au fond de moi, de faire vivre ça à mon corps. Dès que j’avais quelques secondes avec moi-même, je lui parlais. Je lui demandais sa collaboration, lui promettant que je lui offrirais le temps de revenir à lui et que plus jamais je ne lui ferais vivre ça. Plus jamais je ne le trahirais en échange d’un chèque.

Dans la dernière heure du show, tout s’est accéléré. Le stress a augmenté et j’ai finalement été absorbée par l’adrénaline. Je me souviens de cet instant où je me suis très clairement vue me valoriser à nouveau à travers la performance. Je trouvais que j’assurais, aie wow!

Ça n’a duré que quelques secondes avant que je choisisse de revenir à moi. Ces quelques secondes m’ont fait faire une énorme prise de conscience. Ces fonctions de régisseur avaient toujours nourri les structures de l’ego (couches de protection pour ne pas souffrir), jamais mon cœur. Au travers ce mal-être qui m’avait toujours habitée, dès mes études j’avais tout fait pour être en lumière, pour être remarquée, admirée, enviée. Si la télévision vibrait vraiment au fond de moi, je l’ai inconsciemment utilisée pour me garder en vie, pour me nourrir, me remplir. J’ai sacrifié mon corps en échange de cette valorisation. Ma santé a été lourdement impactée, et que dire de ma vie!

J’ai eu tellement de compassion pour moi à ce moment! Au lieu de me taper dessus comme je l’aurais fait par le passé, je me suis dit « wow »! Ces événements ont été là dans cette grande expérience humaine. Ils m’ont permis de rester en vie, ils ont été ma bouée que j’avais alors besoin pour survivre. Je n’ai pas ressenti de colère ou de remords cette fois, mais bien de la gratitude pour tout ce qui a été, qui me permet aujourd’hui de voir clair et de choisir d’accueillir l’amour en moi, plutôt que d’aller le chercher à l’extérieur de moi, en perpétuel mode de survie, dans l’énergie du manque.

Quelques minutes avant la fin du show, j’ai eu un blackout. Derrière le grand rideau noir cachant l’arrière-scène, j’ai complètement perdu le fil de ce qui se passait pendant quelques secondes. J’ai senti l’adrénaline dans chacune des cellules de mon corps, de la racine de mes cheveux jusqu’au bout de mes ongles d’orteils. J’ai cru que j’allais faire une crise de nerfs, jusqu’à ce qu’un regard que j’ai perçu comme du jugement me donne un choc et me ramène à moi. Je me dévalorisais par rapport à cette personne. J’avais peur de ce « qu’elle » pourrait dire de moi. C’est la conscience de cette pensée en fait qui m’a ramenée. Puis ce fut terminé. Les lumières se sont rallumées et je me suis enfuie.

Sur la route le lendemain, j’ai cru que j’allais vomir. Mon corps tentait de cracher ce poison, comme du venin dans mes veines. J’avais mal au cœur, mal au ventre. Mon corps était aussi raide qu’une barre de métal. Je me tordais sur mon banc, prise dans cet inconfort, comme en « désintox ». J’avais l’impression d’avoir pris toute une cuite. Je n’avais pourtant pas bu une goutte d’alcool.

Ça a pris 72 heures avant que je sente mon corps confortable à nouveau. Là-dessus, 24 heures où je ne me suis rien imposée, sinon que de suivre ce que mon corps me disait. Au terme de la 90ème heure, je ne suis toujours pas complètement revenue à moi. Le mental « spin » toujours, mon corps est encore contracté, je n’arrive pas à connecter à la joie et je sens une émotion sous-jacente qui est prête à émerger pour se libérer, mais qui est encore coincée. Je sais que l’expérience n’est pas terminée. Que me permettra-t-elle d’accueillir? Je n’en ai aucune idée. Je peux toutefois vous dire que si mon rôle de régisseur ne faisait pas vibrer mon cœur, mais bien les structures du mental qui avaient besoin d’aller chercher l’amour à l’extérieur, c’est bien mon cœur qui m’a guidé vers cette expérience, qui m’a permis d’établir de nouveaux repères dans l’invisible, dans le ressenti.

J’ai partagé aux organisateurs que je ne serais pas présente dans ce rôle l’an prochain. La paix s’est réinstallée en moi depuis, même si mon corps est encore inconfortable. Plus que jamais j’ai envie de vivre en connexion avec moi, non dans un sentiment de survie, de vide et de solitude, mais accueillant chaque événement de la vie comme une expérience. Je me sens remplie, sereine et c’est ce style de vie que j’ai envie de faire découvrir à tous ceux qui n’en peuvent plus de vivre sur l’adrénaline.

Avec amour et compassion